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Regard des Régions

Isabelle Grellier, rapporteur au Synode national 2010, dresse un tableau clair et précis de l’état de la réflexion sur la diaconie dans nos Églises


Peut-on dresser un panorama des contributions de chaque Région ?
Il faut signaler un premier point qui apparaît dans toutes les contributions régionales : le caractère essentiel du thème de la diaconie fait fondamentalement partie de la vocation de l’Église. Le second point est l’interrogation récurrente « Qu’est-ce que la diaconie ? ». Les décisions régionales s’accordent pour affirmer que la diaconie est une réponse à l’amour que Dieu nous donne, et qui se manifeste en amour du prochain. Au cœur de la diaconie, il y a donc la relation interpersonnelle, la rencontre avec l’autre. Mais pour être efficace, l’action doit être institutionnalisée, professionnalisée. Cependant, doit-on encore appeler diaconie cette action professionnalisée qui dépasse la dimension interpersonnelle et où la référence chrétienne n’apparaît plus explicitement ? Les contributions régionales font une grande place au travail local des paroisses, un peu au détriment de celui des institutions. La question du lien, de l’articulation entre les Églises locales et les institutions diaconales doit être posée à nouveau.

Quelles formes prennent les actions diaconales ?
Les contributions ont fait ressortir les grandes lignes de force qui déterminent les actions diaconales. La première, c’est un accent porté sur la question de la solitude. L’Église a une fonction sociale et doit être un lieu où on peut offrir de la relation. L’importance de la rencontre et de l’écoute de l’autre, est un point central de la diaconie. Ensuite, l’écologie devient un axe important. Il y a une prise de conscience que cette militance fait partie du champ de la diaconie. Une autre préoccupation ressort aussi de manière assez forte : l’accueil des sans-papiers. C’est toute l’action de la Cimade à laquelle les Églises locales sont sensibles. Enfin, les contributions régionales mentionnent des thèmes classiques : aide aux handicapés, aux personnes âgées, aux personnes en difficulté économique. Mais les nouveaux aspects rappellent qu’une des richesses de la diaconie, est de permettre à l’Église de rester en phase avec la société.

Comment l’Église exerce-t-elle la diaconie ?
Pour certaines Églises locales, le diaconat est un petit groupe engagé dans une solidarité très en lien avec la communauté paroissiale. Certaines institutions, nées dans le giron de l’Église, ont pris une certaine autonomie. La question de l’articulation entre les paroisses et ces institutions diaconales, parfois laïcisées, se pose. Comment fait-on vivre le lien entre les deux ? Les paroisses ont l’impression que ces institutions leur échappent. Il y a d’ailleurs eu une période de distanciation des institutions, jalouses de leur autonomie. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elles savent qu’elles perdraient une part de leur identité si elles perdaient le lien avec les Églises. Et pour assurer ce lien, il faut un vrai dialogue, qui respecte l’autonomie de chacun.

Y a-t-il une convergence entre les Synodes luthériens et réformés ?
De manière générale, il n’y a pas de grand écart entre les contributions luthériennes et réformées. Peut-être une plus grande timidité des luthériens à parler de politique. Et puis une certaine différence sur la question du ministère diaconal. Des deux côtés, il y a consensus sur le fait que la diaconie doit être constitutive de l’Église. Faut-il pour autant institutionnaliser des ministères diaconaux, nommer des diacres ? Les luthériens souhaitent aller un peu plus loin que les réformés sur cette question. Leur compréhension du ministère est un peu différente et leur interpellation nous pousse à nous interroger sur le fonctionnement réformé, peut-être trop centré sur le ministère pastoral. Au moment où les deux Églises se rapprochent, ce serait enrichissant de trouver un point d’accord sur ces questions.
propos recueillis par Colin Bertier,
Paroles protestantes




01-03-2010

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