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L’année des migrants

­Les Églises protestantes en Europe ont décidé de faire de 2010 L’Année des Églises face au défi des migrations

J’apprécie que le titre ne dise pas « le problème des migrations » ou même « la question des migrations ». Les migrations sont une réalité, nous devons relever le défi que cette réalité nous pose. Les Églises sont bien placées pour aider nos contemporains à se situer face à ce défi. D’abord pour des raisons théologiques, spirituelles : même si nos Églises françaises sont des Églises « nationales » (pas toutes), elles sont porteuses d’un message universaliste. Un message qui les invite à ne pas distinguer entre les personnes selon leur nationalité, leur statut, mais à les regarder d’abord comme des êtres humains, tous situés sous le regard bienveillant de Dieu. Voilà ce qui doit fonder notre réflexion, que nous le voulions ou non, que nous ayions ou non des réserves fondées sur nos préjugés, nos histoires personnelles, notre compréhension des relations internationales.
Les Églises sont bien placées aussi pour aborder cette question et tenir un discours et mener des actions recevables par d’autres pour une raison concrète : beaucoup de nos Églises locales accueillent des migrants. Ils constituent même dans les grandes villes, autour de la moitié des participants aux cultes. Les Églises ne parlent pas « en l’air », mais en pleine connaissance de ce que vivent leurs fidèles issus de l’immigration. Et si nous n’avons pas assez partagé avec les immigrants présents dans nos églises, alors le défi nous est aussi posé : quelle parole voulons-nous porter, qui soit audible par nos frères et sœurs qui sont eux-mêmes migrants ?
Enfin, des membres des Églises sont aussi présents dans la plupart des associations qui travaillent auprès des migrants, pour les accueillir, leur faire connaître et reconnaître leurs droits, les aider à survivre dans les conditions difficiles qui leur sont imposées. Ils sont présents dans des associations d’inspiration chrétienne ou laïque. Ils sont si nombreux que cela pose aux autres une question sur ce qui motive au plus profond d’eux-mêmes ces hommes et ces femmes.

Les Églises naïves ou réalistes
Ce simple constat ne suffit pas. Les Églises pourraient être accusées de naïveté, d’angélisme, devant le défi des migrations, incapables de faire la part entre leurs convictions et la réalité, si tant est qu’elles devraient renoncer à leurs convictions au nom de la réalité ? Or les Églises, et les associations avec lesquelles elles sont en contact, n’ont pas renoncé à comprendre la réalité, à analyser avec le regard de scientifiques, de chercheurs, de politiques aussi, la teneur précise des défis auxquels nous sommes confrontés.
La Fédération de l’entraide protestante (FEP) a organisé, début janvier, un colloque sur les familles et les enfants de migrants. L’enseignement principal de cette journée a été que les enfants de migrants s’intégraient aussi bien que les autres enfants du même milieu social, qu’ils évoluaient même plutôt plus facilement sur l’échelle sociale quand ils étaient soutenus par leurs parents ou des structures associatives.
Des associations et mouvements catholiques, orthodoxes et protestants, ont organisé le 11 mars dernier, sous l’égide du Conseil d’Églises chrétiennes en France, un colloque sur le thème du « défi des migrations ». Les spécialistes, parmi lesquels on comptait des professeurs de Sciences Politiques et un ancien haut fonctionnaire de police, ont bien montré le besoin de migrants pour préserver l’avenir de nos pays européens, l’échec de la plupart des politiques de gestion des « flux migratoires » depuis la crise de 1974, l’effet désastreux que produisent les discours au sujet des quotas tant sur les personnes que sur l’image de notre pays. Tous ont insisté sur le progrès que constituerait une politique qui permettrait la mobilité des migrants, de chez eux ici, d’ici à chez eux. Et si vous interrogez les associations qui accueillent des migrants, que ce soit les diaconats de paroisse ou les établissements spécialisés, ils vous diront tous la volonté farouche de celles et ceux qu’ils reçoivent de pouvoir travailler légalement et d’offrir à leurs enfants des conditions de vie dignes.
Alors les Églises, avec leurs discours et les actions de leurs militants, ne sont peut-être pas si loin de la réalité. Peut-être même sont-elles les seuls espaces où la réalité de la migration n’est pas ressentie comme une peur, une malédiction, mais comme l’épreuve (au sens positif) de leur conviction : une humanité capable de se regarder comme une et solidaire, dès maintenant et pas seulement dans un avenir toujours repoussé à plus tard. Une conviction théologique et pratique à partager avec d’autres.

Et maintenant ?
Il y a plusieurs types de travaux à conduire durant les mois à venir. Un travail sur nous-mêmes, dans nos Églises, pour faire pleinement place à celles et ceux qui nous viennent d’ailleurs et cherchent avec nous le sens des paroles de l’Évangile, le sens de l’appartenance au même peuple placé sous le regard de Dieu. Un travail de réflexion à poursuivre, pour bien mesurer la réalité des migrations, le rôle qu’elles jouent dans le devenir de nos sociétés, les transformations qu’elles génèrent, les adaptations qu’elles demandent à ceux qui accueillent et à ceux qui sont accueillis. Ce travail ne s’arrêtera jamais. Il est le lot de tout pays qui ne se referme pas sur lui-même, dans un temps où de toute manière il n’est pas possible de se fermer. Enfin, il y a un travail de vigilance qui va être nécessaire, et où les Églises auront sûrement une responsabilité à exercer : notre pays va transposer les directives européennes sur les migrations dans la loi française. Il nous faudra être attentifs à ce que les règles à venir ne durcissent pas encore les conditions de séjour et d’accès aux droits élémentaires des migrants. Les autorités d’Églises auront peut-être, dans ces circonstances, à porter une parole qui avertisse les pouvoirs publics et encourage les citoyens à la solidarité.
Après l’événement Protestants en fête en novembre 2009, où les protestants ont démontré leur capacité à se réjouir ensemble, 2010 promet aussi des occasions de fête : vous serez invités à rejoindre à la fin de l’année les lieux où, dans toutes les langues, avec toutes les musiques, dans tous les styles, les protestants vivant en France fêteront ensemble la joie d’être frères et sœurs, quels que soient leur origine et leur statut au regard de la légalité.
Olivier Brès,
Secrétaire général de la FEP






01-06-2010

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