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Pentecôte : Dieu autrement !

Que vient faire dans notre calendrier, à la suite de Noël et de Pâques, cette fête dont le nom se contente de rappeler un chiffre : cinquante (en grec penta) ?

Il s’agit d’une ancienne fête du calendrier juif, fête des moissons, célébrée lorsque les graines semées au moment de la Pâque portaient leur première récolte. Lors de l’exil à Babylone, loin de la terre de tous les espoirs, elle prit une nouvelle signification et devint une fête du renouvellement de l’alliance de Dieu avec son peuple. Au temps de Jésus, elle revêtait une certaine importance, puisque l’apôtre Paul (Actes 20 v. 16) décide de raccourcir son voyage de retour pour être bien présent à Jérusalem le jour de Pentecôte. C’est aussi la date choisie par l’auteur du livre des Actes (ch. 2 v. 1-13) pour raconter l’accomplissement de la promesse faite par Jésus à ses disciples de leur envoyer l’Esprit consolateur (Jean 16 v. 5-7).

À Jérusalem, ­quel remue-ménage !
Le récit de Pentecôte a sorti les grands moyens pour frapper les imaginations. Le peintre Reginald Pavamani qui a décoré le temple de Corbeil avec la fresque reproduite sur ces pages, a tenté de suggérer le tourbillon de Pentecôte en lui donnant comme titre : Vent et Feu, Esprit et Parole. Un lecteur de l’Ancien Testament ne sera pas troublé par ces diverses évocations. Les grandes apparitions du Dieu invisible sont toujours signalées par ces mêmes signes : nuée, feu, vent et forte voix, en particulier lors du don de la Loi à Moïse au Sinaï. Comme lors de ces précédentes apparitions, les habitants de Jérusalem sont très secoués par ces manifestations. Notable différence cependant à propos du phénomène extatique du « parler en langues ». Pratiqué dans les religions à mystère du Proche-Orient, sa compréhension était réservée à certains initiés. Il s’était manifesté dans certaines des premières Églises, notamment à Corinthe, suscitant de profondes réserves de la part de l’Apôtre Paul (1 Cor 14 v. 18). L’auteur du Livre des Actes transforme au contraire ce phénomène en un miracle de la communication : Comment se fait-il que chacun d’entre nous les entende dans sa propre langue maternelle ? Le récit de Pentecôte ouvre la voie à la communication universelle de l’Évangile.

Le Dieu invisible est chez lui partout
L’irruption du Dieu invisible dans le cours de l’histoire ne commence pas à Pentecôte. Dès le premier verset de la Genèse, le récit de la Création nous signale qu’avant même le surgissement de l’univers, à l’appel de Dieu : L’Esprit planait à la surface des eaux. À la sagesse antique qui avait tendance à situer la présence des dieux dans le surnaturel, la révélation biblique répond par la révélation d’un Dieu unique, invisible et au-delà de toute représentation que l’on peut se faire de lui, mais reconnaissable dans l’amour qu’il porte à ses créatures : Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai libéré ! La Bible nous apprend que cet acte historique, pilier de la foi juive, n’est pas un acte isolé, mais une volonté patiente et délibérée qui accompagne toute la marche de l’histoire. C’est l’Esprit qui s’exprime par la voix des prophètes, qui interpelle rois et responsables de la conduite du peuple. Au jour de Pentecôte, l’apôtre Pierre expliquera aux habitants de Jérusalem un peu déstabilisés, que ce qui se passe est l’accomplissement de l’annonce du prophète Joël : l’envoi par Dieu de son Esprit sur toute chair. La communauté chrétienne naissante saisira cette promesse et rappellera la présence de l’Esprit de Dieu en tout acte accompli en son nom : mémoire des paroles du Christ aux auditeurs oublieux, actes accomplis en mémoire de lui : baptême, cène, confirmation, envoi de serviteurs, guérisons… L’évangile de Jean utilisera pour le désigner un mot particulier : paraclet, qui signifie à la fois consolateur et défenseur, pour éveiller les disciples déstabilisés par la résurrection puis l’ascension du Christ à ce nouvel aspect de sa présence à leurs côtés.

Conduite en état d’ivresse
La réaction immédiate des habitants de Jérusalem au matin de Pentecôte est celle de la moquerie : Ils sont pleins de vin doux…, Dieu dans la drogue ! L’apôtre Pierre leur ramènera les pieds sur terre et les rendra attentifs au temps nouveau qui s’ouvre devant eux. En effet, le récit ne parle plus d’un petit peuple croyant isolé, mais déroule la longue liste de témoins : de toutes les nations qui sont sous le ciel…, en fait l’essentiel des nations connues à l’époque sur le pourtour de la Méditerranée : de l’Égypte à Rome, arabes compris. Le récit de Pentecôte inaugure l’universalité du peuple de Dieu. Il sera le point de départ de la grande saga missionnaire universelle. L’Église chrétienne naissante intégrera à sa confession de foi de l’Esprit saint sa présence dans la communauté chrétienne. Chacune le fera à sa manière au cours de l’histoire, les Églises orthodoxes auront une référence liturgique permanente à la présence de l’Esprit. L’Église catholique insistera sur le lien avec l’institution : Église. Dans la diversité du protestantisme, certaines tendances, plus gourmandes de la présence subversive de l’Esprit : pentecôtistes, charismatiques, rechercheront sa présence dans des manifestations plus spectaculaires : « parler en langues », guérisons.

L’unité chrétienne, signe annonciateur d’une mondialisation fraternelle
Dès l’émergence de la première Église, son universalité n’était pas séparable de son unité : Voyez comme ils s’aiment ! Paradoxe et redoutable vocation, bien souvent mise à mal au long de l’histoire : croisades, guerres de religion… ! Notre époque connaît un développement sans précédent de la mondialisation des échanges. Le dénominateur commun en est l’intérêt commercial beaucoup plus que l‘amour du prochain et du plus vulnérable d’entre eux. Cependant, le demi siècle qui nous a précédés a connu deux événements majeurs qui ont sonné comme un rappel à la communauté chrétienne de sa vocation d’unité. Créé en 1948, le Conseil œcuménique des Églises rassemble aujourd’hui la grande majorité des Églises : protestantes, orthodoxes et anglicanes, pour une marche commune vers l’unité. En ce qui concerne l’Église catholique romaine, le Concile de Vatican 2 (1962 à 1965) a engagé une remise à jour de la vie de cette Église où la préoccupation de l’unité a tenu une grande place. Après quelques années d’un grand enthousiasme œcuménique, les difficultés ont un peu ralenti les choses. Ce que la Pentecôte nous rappelle, c’est que l’unité chrétienne ne concerne pas uniquement la vie interne des Églises, mais qu’elle a une portée missionnaire universelle. Elle se doit d’être un message d’unité et de fraternité à destination de la famille humaine toute entière.
Michel Wagner



30-04-2010

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