On ne peut plus dire que les réformés français ne sont que des cérébraux. Preuve en est la recherche permanente de nouvelles formes de vie cultuelle alliant parole et signes. La vie œcuménique trouve là une réalité renouvelée. Ici ce sont des cultes « Paix et guérison » ou « d’action de grâce », là des témoignages publics ; et l’avent et le carême sont des temps importants de préparation spirituelle. Que dire aussi des cultes « familles » où le signe visible accompagne la Parole, ou encore des « aubes pascales ».
Daniel Martel, pasteur à Lyon, organise depuis longtemps de tels moments au matin de Pâques. Si ailleurs l’aube pascale revêt un caractère liturgique, ce n’est pour lui qu’un temps où la sobriété prime. Elle a lieu en extérieur, autour d’un feu et ne comprend que la lecture du texte biblique de Pâques, un temps de prière, des chants. La farandole qui suit permet de se réchauffer mais aussi de vivre la joie de Pâques, et le petit-déjeuner est un moment de discussion et de partage. Rien de plus, rien de moins… « Ce temps permet de se retrouver ensuite pour le culte de Pâques avec un état d’esprit tout à fait différent » explique D. Martel. Et ceux qui n’ont pu venir le confirment : « On sent que vous avez vécu quelque chose de fort ».
« Aller au tombeau » le matin de Pâques est ici de l’ordre du rituel sans être une célébration. Ce temps, qui devient une « tradition » dans les Églises locales où D. Martel a été pasteur, permet à chacun de revivre la démarche des femmes allant au tombeau et de se l’approprier dans la joie. L’objectif est de « dire la joie de la résurrection » car, reconnaît-il, « il est plus facile de dire la joie d’une naissance (Noël) que d’un tombeau vide ».
Cette pratique vient d’un besoin de créer des signes, des gestes, afin de porter une parole. Les éléments visuels (le feu, la farandole, le repas) sont là pour faire participer le corps et aider la mémoire. L’Église prend là aussi en compte les évolutions de la demande religieuse. Franck Honegger