|
Ce mois-ci : Face au défit des migrations
Être Afghan à Lasalle
Dix-huit Afghans de Nîmes ont été accueillis à Lasalle (Gard) durant les fêtes de fin d’année
L’initiative de la communauté protestante a reçu l’appui de la mairie, le soutien d’un grand nombre d’habitants solidaires et le concours de la Cimade. Le village a été rebaptisé « terre d’accueil et de refuge ». Face à une politique d’immigration des plus sévères, ce village redonne sens à la notion de « sanctuaire » en accueillant et protégeant ces réfugiés. Entretien avec Dorothée Espaze, une des coordinatrices de l’accueil.
Comment cela s’est-il décidé ?
Nous sommes quelques-uns au Conseil presbytéral à être engagés depuis longtemps à l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) et à l’Entraide protestante de Lasalle (Épi) ; le soutien et l’accueil font partie de notre environnement. Quand nous avons appris que quarante-et-une personnes sortaient du centre de rétention de Nîmes et qu’il faudrait les héberger, Michel Lafont, au Conseil régional, a proposé un accueil possible en dépannage sur Lasalle. Nous en avons parlé en Conseil presbytéral en imaginant que l’Épi pourrait louer un gîte au village pour quelques-uns. Quand la paroisse de la Fraternité de Nîmes nous a sollicités pour la période des vacances, le Conseil a mis en place un accueil en partenariat avec la mairie. À l’Épi, nous travaillons déjà en lien avec la mairie. Le maire de Lasalle a tout de suite accepté et s’est engagé à mettre à disposition les gîtes municipaux pour le couchage. Le presbytère protestant serait leur lieu de vie.
Comment cela s’est-il déroulé ?
Il a d’abord fallu informer : réunions, stand sur le marché, contact avec des personnes du village et cela a été un véritable élan de solidarité avec des dons en nature et en argent. Il y avait des boîtes chez les commerçants. Le parcours de ces Afghans a été d’être rejetés, emprisonnés, poursuivis. Ils étaient très déçus par la France qu’ils voyaient comme le pays des droits de l’Homme. À Calais, ils ont été menottés, transférés en autobus avec un policier pour chacun. Ils n’étaient pas très rassurés de venir ; c’était important pour nous de les accueillir dans de bonnes conditions et de leur fournir le ravitaillement. Ils s’organisaient pour faire la cuisine et nous recevaient toujours avec une tasse de thé. Avec l’aide de l’Association des Afghans de Montpellier nous avons appris à communiquer, les problèmes qu’ils ont rencontrés, leurs situations, leurs parcours très différents. Ce qui les a étonnés, c’est l’accueil, la chaleur humaine, comme à Nîmes. Ils ont pu se promener sans crainte. Cela a été une trêve qui leur a permis de reprendre confiance en eux, de faire le point, réfléchir. Ils ont dit qu’ils avaient retrouvé la France comme ils l’imaginaient. Ils ont eu des moments de joie et de tristesse, de nostalgie aussi. Deux grandes soirées avec la population et le 31 décembre, une fête avec des musiciens de Lasalle et des invités.
Quelles sont les suites de cet accueil ?
Ils désirent rester en France, apprendre le français, obtenir le droit d’asile, travailler ou étudier, par la suite faire venir leur famille. Nous continuons à les soutenir, à leur rendre visite à Nîmes. Des cours de français vont se mettre en place. Les habitants continueront à les inviter. Les personnes qui les accueillent seront soutenues financièrement. Nous avons besoin de dons pour la paroisse de Nîmes qui les a pris en charge et la Cimade. Elle est à leurs côtés en lien avec l’Association des Afghans de Montpellier pour les dossiers, les procédures pour obtenir des papiers.
Cela a été une aventure formidable, une parenthèse pour eux comme pour nous. Au village, on a été comme un levain dans la pâte en prenant cette décision. On nous regarde autrement mais, pour nous, cela s’inscrit dans une continuité. Dans le cadre de l’entraide, on a aidé bien plus que dix-huit personnes ! En tant que chrétiens, on a des actes à poser qui concrétisent la parole lue et écoutée.
Alix Gilles
|