Laïcité, trop de bruit brouille les véritables enjeux

Les discours du président de la République Nicolas Sarkozy, à Rome et à Riyad, ont soulevé bon nombre de critiques. Ce qu’il a dit de Dieu ou des religions a été perçu comme une atteinte à la laïcité. Le président de la Fédération protestante de France, le pasteur Claude Baty, revient sur les propos tenus par Nicolas Sarkozy et la polémique qui a suivi. Il rappelle l’engagement des protestants à l’égard de la laïcité et leur attente de l’aménagement des droits qu’elle garantit.

Protestants.org – Que relevez-vous dans ces discours et quelle analyse en faites-vous ? Selon vous, M. Sarkozy en tant que président de la République a-t-il manqué de retenue ?
Claude Baty – Avant de critiquer je dois dire qu’il y a beaucoup de choses intéressantes surtout dans le discours de Riyad. J’y reviendrais avec votre permission ! Vous parlez de « retenue », mais précisément la caractéristique de notre président de la République c’est qu’il ne se retient pas ! Dans aucun domaine ! Donc il ne faut pas s’étonner de sa liberté dans l’expression de ses convictions religieuses. Cela dit, il y a notamment dans le discours de Latran, des inexactitudes et des maladresses qu’ont relevé aussi bien les croyants que les athées !
Je note aussi que les prédécesseurs de M. Sarkozy étaient apparemment plus distants, mais en fait très affichés catholiques, leur retenue était donc toute relative et ne trompait personne. Ce n’est donc pas parce que M. Sarkozy est plus « nature » qu’il faut tout de suite crier au loup !
La déclaration du porte-parole de l’Élysée, après les vœux du président aux responsables religieux, jeudi dernier, est suffisamment claire pour calmer une polémique dont l’ampleur était disproportionnée avec la réalité. Les protestants sont « chatouilleux » sur la question de la laïcité, mais j’attendrais de meilleures occasions pour protester !

Qu’est-ce qui vous a donc paru positif dans le discours de Riyad ?
Les journaux ont pointé généralement les envolées théologiques, « le Dieu qui libère » a été resservi à satiété ! Je suis tout à fait d’accord avec cette affirmation, mais évidemment l’entendre de ma bouche surprendrait moins ! Cependant, à la décharge du président, s’il n’avait pas commencé par ces déclarations comment aurait-il pu parler de respect de la diversité, « une nécessité civilisatrice », en Arabie saoudite ? Il a également, en évoquant la justice due « à tous les peuples opprimés, à tous les exploités… », cité les femmes.
J’ai donc apprécié certains de ces propos, j’attends maintenant des avancées concrètes dans ces domaines. J’ose croire que ce n’était pas qu’un « sermon » de circonstance.

Pourquoi n’avoir pas commenté plus tôt ces différents épisodes et ces déclarations ?
Justement parce que nous avons eu l’impression qu’une nouvelle fois nous étions entraînés sur un faux débat. Franchement, le danger de prise de pouvoir par les religieux n’est pas à l’ordre du jour ! Par contre, sur le terrain, il y a à faire !

Est-ce que cela vous semble justifié de parler de « néocléricalisme » de Nicolas Sarkozy, qui aurait une faiblesse pour les catholiques ?
Là encore, rien ne permet de dire cela. L’avenir confirmera, je l’espère, que le traitement des religions est égal, et que, par exemple, la rencontre de concertation régulière que nous demandons avec les représentants du gouvernement sera mise en place pour nous comme elle l’est déjà depuis longtemps pour les catholiques…

Selon certains médias, les propos de Nicolas Sarkozy seraient du pain bénit pour les religieux français. Est-ce votre sentiment ?
L’expression est bien religieuse pour mon goût. Plaisanterie à part, je ne suis pas déçu qu’on reconnaisse aux religions un droit à la parole et à l’expression publique. Que des représentants des religions soient, par exemple, invités à participer au Conseil économique et social me paraît de l’ordre du bon sens. Nous sommes acteurs sociaux ! Pas meilleurs que les autres, mais pas pire non plus !

À propos de « laïcité positive », l’ajout de l’adjectif par le président Sarkozy vous paraît-il nécessaire ?
Non. Je suis partisan de ne pas engraisser les mots de qualificatifs censés les préciser, alors qu’ils ne font que jeter le doute sur leur signification véritable. Laïcité est un mot qui dit quelque chose de clair, inutile d’en rajouter.

Les protestants ont été des promoteurs de la loi 1905 fondant la laïcité. Quelle est la position de la FPF aujourd’hui ?
Nous sommes toujours dans le même esprit et défendons le principe de laïcité. Nous n’avons pas changé, ce sont les temps qui ont changé, il faudrait que les laïcistes s’en rendent compte. Il est incroyable qu’on fasse de cette loi de séparation une sorte de vache sacrée, c’est l’esprit de la loi qui compte, pas tel ou tel article dépassé, car il y a bien des problèmes d’application, rappelons-le. En 1905, la question de l’islam ne se posait pas, la réglementation fiscale n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ; et puis soyons conscients que cette loi, soi-disant pour tous, ne concernent pas tous les citoyens ni tous les départements de la même façon. Je ne dis pas cela pour faire entrer tout le monde dans le même moule mais afin de rappeler qu’il faut être pragmatiques et non idéologues pour être vraiment laïcs. Et de mon point de vue, je le répète, j’aimerais moins de déclarations et plus d’actions. Suite à la commission Machelon, un groupe de travail a été mis en place, le gouvernement avait promis des textes pour la fin de l’année 2007 ; or, rien ne bouge, ou si lentement. Les accords sur les cimetières, dont se réjouit le ministère de l’Intérieur, ne sont qu’un point parmi tant d’autres. Il y a, pour nous protestants, des questions importantes à traiter concernant les associations cultuelles, la constructLaïcité, trop de bruit brouille les véritables enjeux

Les discours du président de la République Nicolas Sarkozy, à Rome et à Riyad, ont soulevé bon nombre de critiques. Ce qu’il a dit de Dieu ou des religions a été perçu comme une atteinte à la laïcité. Le président de la Fédération protestante de France, le pasteur Claude Baty, revient sur les propos tenus par Nicolas Sarkozy et la polémique qui a suivi. Il rappelle l’engagement des protestants à l’égard de la laïcité et leur attente de l’aménagement des droits qu’elle garantit.

Protestants.org – Que relevez-vous dans ces discours et quelle analyse en faites-vous ? Selon vous, M. Sarkozy en tant que président de la République a-t-il manqué de retenue ?
Claude Baty – Avant de critiquer je dois dire qu’il y a beaucoup de choses intéressantes surtout dans le discours de Riyad. J’y reviendrais avec votre permission ! Vous parlez de « retenue », mais précisément la caractéristique de notre président de la République c’est qu’il ne se retient pas ! Dans aucun domaine ! Donc il ne faut pas s’étonner de sa liberté dans l’expression de ses convictions religieuses. Cela dit, il y a notamment dans le discours de Latran, des inexactitudes et des maladresses qu’ont relevé aussi bien les croyants que les athées !
Je note aussi que les prédécesseurs de M. Sarkozy étaient apparemment plus distants, mais en fait très affichés catholiques, leur retenue était donc toute relative et ne trompait personne. Ce n’est donc pas parce que M. Sarkozy est plus « nature » qu’il faut tout de suite crier au loup !
La déclaration du porte-parole de l’Élysée, après les vœux du président aux responsables religieux, jeudi dernier, est suffisamment claire pour calmer une polémique dont l’ampleur était disproportionnée avec la réalité. Les protestants sont « chatouilleux » sur la question de la laïcité, mais j’attendrais de meilleures occasions pour protester !

Qu’est-ce qui vous a donc paru positif dans le discours de Riyad ?
Les journaux ont pointé généralement les envolées théologiques, « le Dieu qui libère » a été resservi à satiété ! Je suis tout à fait d’accord avec cette affirmation, mais évidemment l’entendre de ma bouche surprendrait moins ! Cependant, à la décharge du président, s’il n’avait pas commencé par ces déclarations comment aurait-il pu parler de respect de la diversité, « une nécessité civilisatrice », en Arabie saoudite ? Il a également, en évoquant la justice due « à tous les peuples opprimés, à tous les exploités… », cité les femmes.
J’ai donc apprécié certains de ces propos, j’attends maintenant des avancées concrètes dans ces domaines. J’ose croire que ce n’était pas qu’un « sermon » de circonstance.

Pourquoi n’avoir pas commenté plus tôt ces différents épisodes et ces déclarations ?
Justement parce que nous avons eu l’impression qu’une nouvelle fois nous étions entraînés sur un faux débat. Franchement, le danger de prise de pouvoir par les religieux n’est pas à l’ordre du jour ! Par contre, sur le terrain, il y a à faire !

Est-ce que cela vous semble justifié de parler de « néocléricalisme » de Nicolas Sarkozy, qui aurait une faiblesse pour les catholiques ?
Là encore, rien ne permet de dire cela. L’avenir confirmera, je l’espère, que le traitement des religions est égal, et que, par exemple, la rencontre de concertation régulière que nous demandons avec les représentants du gouvernement sera mise en place pour nous comme elle l’est déjà depuis longtemps pour les catholiques…

Selon certains médias, les propos de Nicolas Sarkozy seraient du pain bénit pour les religieux français. Est-ce votre sentiment ?
L’expression est bien religieuse pour mon goût. Plaisanterie à part, je ne suis pas déçu qu’on reconnaisse aux religions un droit à la parole et à l’expression publique. Que des représentants des religions soient, par exemple, invités à participer au Conseil économique et social me paraît de l’ordre du bon sens. Nous sommes acteurs sociaux ! Pas meilleurs que les autres, mais pas pire non plus !

À propos de « laïcité positive », l’ajout de l’adjectif par le président Sarkozy vous paraît-il nécessaire ?
Non. Je suis partisan de ne pas engraisser les mots de qualificatifs censés les préciser, alors qu’ils ne font que jeter le doute sur leur signification véritable. Laïcité est un mot qui dit quelque chose de clair, inutile d’en rajouter.

Les protestants ont été des promoteurs de la loi 1905 fondant la laïcité. Quelle est la position de la FPF aujourd’hui ?
Nous sommes toujours dans le même esprit et défendons le principe de laïcité. Nous n’avons pas changé, ce sont les temps qui ont changé, il faudrait que les laïcistes s’en rendent compte. Il est incroyable qu’on fasse de cette loi de séparation une sorte de vache sacrée, c’est l’esprit de la loi qui compte, pas tel ou tel article dépassé, car il y a bien des problèmes d’application, rappelons-le. En 1905, la question de l’islam ne se posait pas, la réglementation fiscale n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ; et puis soyons conscients que cette loi, soi-disant pour tous, ne concernent pas tous les citoyens ni tous les départements de la même façon. Je ne dis pas cela pour faire entrer tout le monde dans le même moule mais afin de rappeler qu’il faut être pragmatiques et non idéologues pour être vraiment laïcs. Et de mon point de vue, je le répète, j’aimerais moins de déclarations et plus d’actions. Suite à la commission Machelon, un groupe de travail a été mis en place, le gouvernement avait promis des textes pour la fin de l’année 2007 ; or, rien ne bouge, ou si lentement. Les accords sur les cimetières, dont se réjouit le ministère de l’Intérieur, ne sont qu’un point parmi tant d’autres. Il y a, pour nous protestants, des questions importantes à traiter concernant les associations cultuelles, la construction des lieux de cultes, etc.

Ne craignez-vous que tous ces débats ne retardent ce travail sur les aménagements de la loi 1905 attendus par les protestants ?
Si c’était le cas, la retenue qui est la nôtre actuellement ne durerait pas. Autant je suis prêt à prendre du recul dans la polémique actuelle qui me paraît largement un faux débat, autant il est hors de question que le bruit médiatique nous détourne de nos objectifs. Parce que nous sommes laïcs, nous ne nous contenterons pas de gloses sur la sainte loi !

Propos recueillis par Muriel Menanteau
Tous droits réservés : Protestants.orgion des lieux de cultes, etc.

Ne craignez-vous que tous ces débats ne retardent ce travail sur les aménagements de la loi 1905 attendus par les protestants ?
Si c’était le cas, la retenue qui est la nôtre actuellement ne durerait pas. Autant je suis prêt à prendre du recul dans la polémique actuelle qui me paraît largement un faux débat, autant il est hors de question que le bruit médiatique nous détourne de nos objectifs. Parce que nous sommes laïcs, nous ne nous contenterons pas de gloses sur la sainte loi !

Propos recueillis par Muriel Menanteau
Tous droits réservés : Protestants.org